16 avril 2009

"Je fais de la musique pour être libre"

Interview de Monsieur Saï

    Après son E.P Planète Vide paru en mai 2008, le rappeur du Mans revient avec son album Le Nouveau Patriote, sorti nationalement le 10 avril.
   A cette occasion Say Yeah a eu le plaisir de pouvoir poser quelques questions à Monsieur Saï...

   Monsieur Saï, pourquoi ce nom de scène ? l_adb3fc8a4c95dcf8b8f544d54ea6bdc4
  Saï c’est le diminutif de mon prénom, Simon, quand on le prononce en anglais, tout simplement. Pas mal de potes m’appelaient comme ça donc j’ai juste coupé la fin. J’ai ajouté monsieur parce que MC.   

   Comment est né Le Nouveau Patriote ?
   A vrai dire, on a commencé à maquetter des morceaux avec Cyesm en vue d’un album vers fin 2005 mais c’est vers avril ou mai 2007, quand j’ai écrit le morceau «Le Nouveau Patriote» que les choses sont devenus plus précises. En fait, c’est l’élection de Sarkozy qui a plus ou moins achevé de donner la couleur de l’album. En fin de compte, seul «Stress» est resté des morceaux plus vieux, tous les autres se sont retrouvés sur Planète Vide parce qu’il m’a fallu renouveler le propos. C’est donc vraiment le résultat de plusieurs années de travail et pas un album réalisé conceptuellement pour coller à un thème.

   Tu peux nous parler de la pochette de l'album ? (ci-dessus)
   La couverture est une peinture réalisée par une artiste américaine appelée Caroline Smith que j’ai rencontré pendant mon premier séjour à Portland, Maine. Elle m’avait envoyé un book avec ses travaux et lorsque je suis tombé sur celui-là il m’a paru évident que c’était ça qu’il fallait pour la pochette de l’album. Elle m’a laissé utiliser le tableau sans condition et je l’ai d’ailleurs laissé tel quel. J’ai réalisé moi-même les dessins et écritures sur le reste de la pochette à base de découpages et de collages qu’on a ensuite scanné et retravaillé avec Doz1JeE.

   Si tu devais décrire l'univers ton album qu'est-ce que tu dirais ?
  C’est comme entrer dans une grotte obscure et humide qui serai recouverte de téléviseurs qui retranscrivent des images d’actualités à toute vitesse.

   Qu'est ce qui te pousse à faire du rap aujourd'hui ?
   La même chose qui me poussait à faire du rap il y’a 10 ou 11 ans quand j’ai commencé. Quand le pera m’est tombé dessus ça a été quelque chose de très fort pour moi et très vite il était clair que c’était non seulement le genre de musique qui me parlait le plus mais aussi que c’était le mode d’expression qu’il fallait pour un type comme moi. J’ai jamais ressenti le besoin de tenir un blog, un journal intime ou tous les trucs dans ce genre parce que ce que j’avais à dire il fallait que je le crache à haute voix à la gueule des gens. Dès que j’ai su écrire, j’ai écrit des nouvelles ou des BD dans ma chambre, j’ai jamais su chanter ou même écrire la musique correctement, mais avec la découverte du rap et de la culture hip-hop je me suis reconnu dans quelque chose qui peut parler à n’importe qui et dans lequel je me sentais tout simplement à ma place. C’est la même aujourd’hui.

    Quelles sont tes influences ?
   L’actualité beaucoup. A l’époque de l’écriture du « Nouveau patriote » j’étais carrément obsédé par la presse. Tout me rendais ouf, vraiment. Musicalement, ce que faisaient Assassin et NTM dans les années 90 a pas mal conditionné mon écriture sur certains points et encore aujourd’hui c’est le cas. Ensuite, le «Funcrusher Plus» de Company Flow et les albums d’El-P m’ont vraiment troué le cul, tant au niveau des instrus que du flow. Pareil pour anticon, un album comme « the no music » de themthelves m’a très clairement fait redécouvrir le pera. Au niveau du flow et du son un peu crade, tout ce qui vient des mecs commes le Wu-Tang ou Nas et New York en général m’impressionne vraiment. A chaque fois ça me donne envie de retourner à mes cahiers pour taffer parce qu’ils ont un niveau de malade. Et enfin y’a ma bibliothèque qui est faite de tout et de n’importe quoi. Hermann Hesse a très clairement sauvé ma vie à un moment donné.

   En écoutant ton album j'ai été marqué par le ton cynique et incisif de ton rap et je me suis demandée pourquoi tu employais ce ton. Interpeller ? Mobiliser ? Dénoncer ?
   Le fait est que je suis quelqu’un d’assez cynique au quotidien. Je prends tout avec ironie et j’ai tendance à tout tourner en dérision, surtout ce qui est très sérieux. Le truc c’est que dans les textes, ce n’est pas quelque chose de vraiment calculé, c’est mon bouclier naturel face au monde. Après, interpeller, oui, d’une certaine manière, j’espère que ça interpelle, ça donnerai un sens à la musique. Mais même ça en fin de compte ça me paraît dérisoire. Le rap ? C’est que de la musique.

   C'est quoi pour toi un nouveau patriote ?
  Le nouveau patriote c’est celui qui se croit libre parce qu’il a un peu agrandi sa cage.  En fait, le morceau en lui-même décrit toutes ces valeurs ou ces comportements qui sont glorifiés à l’heure d’aujourd’hui et qui créent des êtres non seulement détestables mais dangereux. La richesse, la virilité excessive, l’ambition… Ce sont des valeurs qu’on nous balance encore et encore comme étant la base d’une vie réussie mais dans le fond c’est juste une manière de rendre les gens obéissants. En résumé, dans le morceau «le nouveau patriote» j’ai analysé la vision actuelle du patriote, du français moyen tel qu’il est décrit par les médias ou les politiques, c'est-à-dire un gros beauf qui aime l’argent, le foot, la télé et qui sait à peine lire…

GCF    Ton album s'appelle Le Nouveau Patriote et ton label c'est Good Citizen Factory est ce que ça correspond à une volonté de s'engager politiquement ?
   S’engager non, je prendrais pas la carte d’un parti. Il s’agit plus d’avoir une conscience politique et d’inviter l’auditeur à faire de même. En ce qui concerne le nom du label, le fait est que lorsque qu’on a monté l’asso avec Cyesm et Doz1jeE (au départ, ensuite Hyo nous a rejoins et moi j’ai laissé tomber) on voulait montrer que faire de la musique, et s’organiser pour qu’elle vive était notre manière d’être des bons citoyens.

  Dans ton album tu critiques vivement les rappeurs comme Booba, et tu dis que passer sur Skyrock c'est «baisser son froc », pourquoi ?
   Skyrock est tout simplement le dernier média dont le hip-hop ait besoin. C’est juste un rouleau compresseur qui écrase la créativité pour tout mettre dans un format imposé. Si je dis que pour moi ce serait baisser son froc c’est parce que ça voudrait dire faire des choses qui vont à l’encontre non seulement de mes convictions, mais de ma personnalité. Je fais de la musique pour être libre, pas pour qu’on m’impose un refrain avec telle ou telle pouffiasse avant la première minute. Et puis faire le rebelle sur Skyrock comme c’est la mode en ce moment c’est comme aller trier ses déchets en 4x4: un non-sens.   

    Dans quel état d'esprit tu as besoin d'être pour écrire ?
   J’écris tout le temps. Mon état d’esprit déterminera le contenu du texte mais j’ai pas besoin d’une situation particulière pour écrire. Ça fait parti de mon quotidien comme manger ou boire.

   Qu'est ce qui te vient en premier ? Les beats ou les textes ?
  Ça dépend, y’a pas de règle à ce niveau là. Quand c’est sur mes propres beats en général je travaille les deux en même temps.

    Ton rap est incisif et nerveux, le rap pour toi c'est un exutoire ?
  Exutoire, oui, mais pas seulement. Tout le monde a ses névroses le but reste encore d’être créatif, pas seulement cracher ses problèmes à la face du monde, pour ça on a inventé la psychatrie et l’émo

   Pour cet album tu as collaboré avec Arth ?, Brzowski, Die Baise, Sooolen et Tiger Food. Comment ça s'est passé ?
  En ce qui concerne Arth? et TigerFood, c’est des amis d’enfance, j’ai d’ailleurs un groupe de producteurs/MCs avec TigerFood qui s’appelle Composez des Tubes. En ce qui concerne Arth?, on a carrément grandi dans la même rue, on a commencé à kiffer le pera ensemble, le jazz et la funk aussi… en fait, on vraiment évolué en parallèle, lui dans le free-jazz et moi dans le free-rap (ha ha ha). Brzowski je l’ai rencontré à Portland la première fois que j’ai fait le voyage en 2007. On a fait "My Pen Weigh Kilo" pour mon album et un autre titre (« Sunglasses at Night ») pour sa dernière mixtape. En ce moment on taff d’ailleurs sur un E.P. commun qui sortira probablement dans les mois qui viennent. Les Die Baise étaient aux Beaux-Arts avec moi et donc je les ai appelé direct pour les voix de «Fresh». Sooolem c’est un gars qui est là depuis longtemps, il a été un des premiers sur Le Mans avec son crew Earth On Faya à poser dans un style expérimental. On s’est rencontré par un pote commun et on est devenus pote à force de passer des nuits à freestyler.

Sai    Le Nouveau Patriote sort nationalement le 10 avril, quels sont tes projets après ça ?
   Un tas de trucs ! D’abord du live ! on a monté un show avec Arth? au sax et TigerFood à la guitare qui risque d’être assez free et assez rock’n’roll. Donc avant tout on a envie de tourner le plus possible, d’abord pour vendre l’album et surtout parce qu’on est tous les trois des kiffeurs de live et qu’on adore foutre le bordel sur une scène. Ensuite, comme je disais plus haut, il y’a le E.P. avec Brzowski. Les 4 premiers titres sont enregistrés et ça devrait se boucler dans l’année je pense. J’ai aussi un projet avec Otherness Society, un producteur bien ouf (et ancien bassiste de [the] Red Lord Eskortt) qui mélange le hip hop avec l’électro, le rock et tout ce qui lui tombe sous la main. ça va s’appeler « Nnenorkha » et ce sera une sorte d’album concept sci-fi qui raconte une invasion extra-terrestre à la manière d’un film de série B. Sooolem jouera d’ailleurs l’un des aliens.

   Tu écoutes quoi en ce moment ?
   Là, maintenant j’écoute « Rejuvenation » des Meters mais sinon ces jours-ci, le nouveau P.O.S et l’album de son crew Doomtree m’on mit une bonne claque. Je les conseille à tout le monde.

   Qu'est ce qui te fait dire « yeah » ?
   Les photos de Carla Bruni à poil sur internet et la discographie de Doc Gyneco.

MySpace de Monsieur Saï

Posté par Magali RT à 08:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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